De déchet-tri en rechic’lage ! 1ère partie

Reductor

Reductor

Et aussi déchaînons-nous et parlons-en puisque depuis samedi, c’est la semaine des déchets (organisée par le Ministère du DD et l’ADEME) !

Tout comme le terme « insertion sociale » en passe d’être intégré (sans tordre la bouche svp) dans le vocabulaire courant, le mot déchet ne fait pas tout de suite écho aux soleils de nos vies et pourtant c’est sûrement l’or noir de nos prochaines décennies. De plus, c’est un vrai besoin,il y a une demande du marché, c’est un vrai nouveau business. Reste à le rendre un brin plus chic et sexy…

Les media travaillent le thème au corps : amusez-vous à comptabiliser le nombre de fois où ce terme est utilisé sous forme de titre, rubrique, brève… Bien sur, la naissance de Tri et Recyclage, dans la famille D, vient en rajouter et certes valoriser l’aîné.

Les marques l’ont bien compris et l’ont exploité tout au long de l’année 2011, du luxe à la téléphonie. Quelques exemples :

MARS
EVIAN a conçu dans le cadre  l’événement l’ALLEE DU RECYCLAGE (métro parisien, station Palais du Louvre) « une vitrine montrant un mur de 365 bouteilles vides, soit une par jour sur une année. En face une œuvre en forme de presse qui présente la même quantité de bouteilles compactées. La comparaison ne requière aucun commentaire ! Dans l’autre vitrine est installée une bouteille géante, réalisée à partir de bouteilles vides compactées. De chaque côté de celle œuvre recyclée sont indiqués l’évolution du taux de recyclage des bouteilles en PET depuis 1980 et la baisse continue de son poids. La marque montre qu’il reste encore des progrès à faire ! »

JUIN
Le groupe CARREFOUR en région toulousaine et la société CLER VERTS sont à l’origine d’une initiative pilote de filière de tri-collecte-valorisation des déchets organiques issus des magasins.

OCTOBRE
Le BHV a organisé le vide dressing du Bazar en partenariat avec le magazine BIBA et HIPPI CHIC, l’organisateur de ventes privées luxe et vintage.

NOVEMBRE
Le groupe LA POSTE confie à une de ses filiales le tri de papier recyclé dans les PME (entre 500 000 et 900 000t produits), collecté en amont par postiers. Pour l’instant dans quelques régions et sur l’ensemble du territoire en 2012.

Depuis plus longtemps…
HERMES donne aux une autre vie aux chutes n’ayant pas l’étoffe d’un sac digne de ce nom pour la maison mythique. Dans l’atelier du petit H à Pantin on récupère les chutes de cuir, tissus, boucles de ceinture et autres objets snobés par les ayatollahs du contrôle qualité et on les transforme en créations inédites, poétiques et ludiques (40 000 à 100 00€ quand même !)

Quid de l’accompagnement des changements de comportements ?
Chaque français génère 290K d’ordures non recyclées par an… alors déjà quelques foyers français paient leurs déchets au poids. Mais pour les autres ?
Pour sensibiliser les citoyens, ceux qui sont à l’origine de la semaine des déchets ont crée une campagne institutionnelle : « réduisons, vite nos déchets, ça déborde ! », proposant des conseils concrets (je limite les emballages, j’utilise des éco-recharges, je donne et je vends, j’achète à la coupe, je pense aux cadeaux dématérialisés) via une sorte de Gullivert anxiogène baptisé Réductor !

Pour les entreprises, le premier film publicitaire d’ECOFOLIO est bizarrement plus léger (en serait-il plus efficace ?) et se joue sur le refrain entêtant des petits papiers.. petits papiers…  içi

Entre les 2, il y a le ludique voire pédagogique Terracycle (société américaine qui s’occupe de tout ce qui n’est pas recyclable) avec un serious game sur Facebook.

La suite de l’article 

De déchet-tri en rechic’lage, réduisons, trions, recyclons ! 2ème partie

Suite et fin…

Un projet de bâtiment respectueux de l'environnement dans le quartier d'affaires "Nueva Las Condes" de Santiago. © Inmobiliaria Sinergía

Les éco-gestes ne s’arrêtant pas aux portes de la maison. Ils sont aussi valables au sein de l’entreprise en fonction de sa culture, de son mode de fonctionnement. Cette conduite du changement est d’autant plus rapide que l’exemplarité des dirigeants est grande. En effet, il s’agit de considérer l’’impact environnemental dans sa globalité. Sera donc également à prendre en compte, autant le choix du bâtiment que son implantation, en raison de la prise en charge du tri sélectif.

Selon une enquête européenne menée par Lexmarq, 1 salarié sur 10 affirme que sa société ne récupère rien du tout. Plus d’un tiers d’entre elles (34%) soulignent qu’il n’y a pas de politique de recyclage mis en place sur leur lieu de travail. Et 21% mettent en avant le fait que recycler est trop compliqué, trop cher ou encore que cela prend trop de temps ou trop de place.

Dans les quartiers d’affaires de Santiago du Chili, les gratte-ciel peuvent générer jusqu’à 100 tonnes de déchets par an. Des points de collecte, destiné au personnel de bureau des entreprises soucieuses de préserver leur image, sont mis en place. En septembre dernier, le 1er système géré de manière autonome a été inauguré : des bacs de 1000 litres de différentes couleurs (verre, plastique, piles, toner d’imprimantes, papier et carton) ont été installés. Le toner, les bouteilles en plastique et le verre sont donnés à des œuvres de bienfaisance afin qu’elles puissent vendre ces déchets à des entreprises de recyclage. Le papier et le carton sont vendus à une société récupératrice pour financer les coûts de fonctionnement du système. Grâce à cela, le quartier est en bonne voie pour obtenir la célèbre certification LEED qui récompense les bâtiments HQE.

Coca-Cola c'est (aussi) ça !
Coca-Cola c’est (aussi) ça !

En Angleterre, le partenaire boisson du comité d’organisation des jeux olympiques 2012 a activé le balai du recyclage en montrant que Coca-Cola c’était aussi ça : installation de 250 bacs dans les rues de Londres.

Selon une étude du CSA pour le compte de l’assureur Generali (printemps 2011), le développement durable resterait une priorité pour les entreprises françaises. D’ailleurs pour 3 chefs d’entreprise sur 4, la prise en considération de ces enjeux a ou va modifier le business model de l’entreprise.

Pas mal… Aux USA, ils ont déjà imaginé le recyclage du plastique et ca devient tendance. C’est même le prochain challenge de la Marque. On vous le dit… Alors à qui le tour ?

+

– Guide sur le tri et le recyclage : http://www.gullivert-le-guide.com – Editions Eyrolles – 20€ (pas lu mais surement utile)
– Techno : Pour ceux qui ne peuvent déjà plus se passer de leur téléphone, l’excellente application d’éco-emballages
– Poubelles de tri 100% recyclées pour les entreprises : marque Durable et sa gamme DURA-BIN
– Mac et PC : Le français Polytech, acteur humanitaire et solidaire, s’adresse aussi bien aux entreprises qu’aux consommateurs (récolte des consommables informatiques, téléphones et déchets).
– Initiative gouvernementale : ordi2-0, recyclons-idf

– Mobiles : selon TNS Sofres seulement 7% des utilisateurs recyclent leur téléphone (en fin de vie ou non). Si l’opérateur Orange a déjà mis en place un système de collecte, de nombreux sites en lignes offrent ce service et vous rémunère comme love2recycle Pour s’y retrouver parmi toutes les offres de vendremonmobile
– Troc entre citoyens avisés : myrecyclestuff, tromximity

Premier comparatif mondial sur le comportement social et environnemental de 10 fleurons de la joaillerie

Diamonds are women best friends chantait Marylin. Certes mais à quel prix ! Je ne parle pas du résultat sur l’étiquette mais sur l’éthique, donc du sang que l’on porte sur la main. Le contexte de flambée, depuis le début de l’année, des cours mondiaux, accroît les risques environnementaux liés à l’extraction car avec cette fièvre, les chercheur d’or cherchent des gisements sans répit. Or avec 57% des volumes extraits, le marché de l’or dédié à la bijouterie est stratégique pour le développement de l’or responsable (1). 

Aujourd’hui on ne pourra plus dire, je ne savais pas ! L’ONG Fair Jewellery Action avec la collaboration du Dr Jem Bendell et Ian doyle membres de lifeworth consulting, viennent de publier Uplifting the Earth, the Ethical Performance of Luxury Jewellery Brands (2)Ce premier rapport mondial et indépendant est avant tout destiné aux professionnels du luxe, afin de les encourager soit à poursuivre leurs efforts soit à prendre rapidement le chemin de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

classement des marques de joaillerie par actions responsables

classement des marques de joaillerie par actions responsables – Source Nouveau Consommateur

Une forme de nudging qui n’est pas encore très appliqué en France contrairement à d’autres pays européens. En effet, dans les pays anglo-saxons et si l’on se place du point de vue du consommateur, on mentionne couramment le Licence to Operate pour parler de la responsabilité sociétale et de la prise en compte par l’entreprise de ses propres impacts sur son écosyteme (populations avec lesquelles elle travaille, dégradation éventuelle de la faune/flore, etc).

Les auteurs font mention de référentiels internationaux comme le Responsible Jewellery Council (RJC) et le Kimberly Process (KP) qui déjà obligent les professionnels (ayant adhéré) à s’assurer que les diamants achetés ne proviennent pas de zones de conflits. Mais ce n’est pas suffisant car la filière fraçaise est en retard dénonce le WWF (1). Par exemple, le KP ne garantit pas pour autant une paie décente des mineurs, la certification d’une mine ou un environnement favorable et que le RJC, s’il aborde l’éthique et les conditions de travail de façon plus large, se limite malheureusement aux diamants et à l’or. 

Le magazine le Nouveau Consommateur consacrait, il y a 2 mois déjà, un dossier spécial sur la joaillerie éthique intitulé « quand nos bijoux ont le prix du sang », après un long entretien, en avant-première, avec les auteurs du rapport.
En voici deux extraits (3) :

LNC : Un diamant est évalué sur 4 critères : taille finie – poids – pureté – couleur. Par analogie, quelles grandes recommandations, faîtes-vous pour transformer la joaillerie en magnifique bijou ?
Ian Doyle: Le premier critère est une parfaite traçabilité. En effet, toutes les marques étudiées, sauf Cartier qui a un système de gestion spécifique, sont dans l’incapacité de préciser la provenance de leur matières premières. Et si toutefois elles le savent, elles ne sont pas transparentes dessus. Or comment dire que l’on est responsable si l’on ne peut répondre clairement à cette question ? Le deuxième critère est la transparence. Les informations étaient difficiles à trouver pour nous, ça le la sera d’autant plus pour un consommateur. Une vision durable : Nous avons constaté que neuf marques sur dix, investissent d’abord dans la gestion du risque en termes d’image et de réputation. Il leur manque donc une approche holistique de leur impact et contribution sociétale. La joaillerie doit utiliser la matière première comme une innovation sociale par un approvisionnement éthique au lieu d’être juste un système d’exploitation. Par exemple en le faisant auprès d’une mine certifiée. Cela doit devenir une priorité stratégique.

LNC : Donc vous prônez une valeur humaine ajoutée ?
Ian Doyle : En effet, les marques doivent plus s’engager auprès des communautés de mineurs et intégrer les fournisseurs dans le processus global, quitte à les accompagner dans une démarche de progrès, quand nécessaire. Aujourd’hui la valeur repose sur le bijou fini, lorsqu’il est passé entre les mains du joaillier, oubliant alors les mains qui ont extraites la pierre précieuse. Certes, les maisons rejoignent  des organisations comme le Responsible Jewellery Council et le Kimberly Process, pour rassurer leur clientèle, mais cette action reste insuffisante car cela ne change pas fondamentalement le business. Concrètement, si le RJC permet au consommateur d’être un peu rassuré, cela ne lui garantit pas la paie décente d’un mineur, la certification d’une mine ou un environnement favorable. Le KP, en revanche aborde l’éthique et les conditions de travail de façon plus large, mais se limite aux diamants et à l’or. En repensant toute la chaîne de valeurs, on peut alors imaginer une valeur humaine ajoutée, accordant par ricochet une valeur à la pierre et au bijou et à la marque.

Si la joaillerie française se défend un peu dans le top 10, elle ne répond pas non plus à l’attente des consommateurs. Alors hasard du calendrier ou pas, la couronne monégasque aujourd’hui célèbre ses joyaux et elle a tenu à faire savoir que la bague offerte à la nouvelle princesse, Charlène, était certifiée et traçable. Comme quoi, même les plus favorisés sont conscients de leur environnement au sens large et tiennent à rassurer leur parties prenantes sur leurs actes… Ce n’est sans doute pas un hasard. D’ailleurs, souvent ce sont les nouveaux venus qui le comprenne bien, comme JEM le pionnier français et quelques autres engagés. Un néo luxe émergerait t-il ? Les grandes maisons n’ont qu’à bien se tenir.

En savoir +
(1) Rapport français du WWF Rapport WWF sur la joaillerie française
(2) Le rapport 
Uplifting the Earth, the Ethical Performance of Luxury Jewellery Brands.
(3) Source interview – Le Nouveau Consommateur n°39 – mai-juin 2011 – « Quand vos bijoux ont le prix du sang » (p 10 à 13) par Stéfane Grandcamp